Tizi-ouzou, 10 octobre 2010 (bms)- Il
y a plus haut qu'Ath Zikki, contrairement peut être à la croyance
simpliste répandue lorsqu'on évoque cette tribu (aarch) dont
le nom est porté par un chef lieu d'une commune de la Daïra
(sous préfecture) de Bouzeguene. Ath Zikki tire une réputation
naturelle de son altitude parce que perché sur le flanc d'une montagne
de l'extrême est de la Wilaya (département) de Tizi-ouzou,
accoudée pour sa part au majestueux Djurdjura. Et ce qui est plus
haut qu'Ath Zikki sont tous ces pics de la montagne qui surplombe cette
collectivité.
Parmi ces pics figure celui
dénommé Tizivert, qui culminerait à 1.500 mètres
d'altitude, dont l'évocation fait fait frémir les gens de
la région de Bouzeguene et certainement de l'autre côté
comme Akbou et Iwzallaguene, pour le fait qu'il constitue dans la mémoire
collective l'image d'un endroit inaccessible ou très difficilement
accessible. Un endroit mystique, éloigné. Un endroit qui
fait peur. Un endroit isolé. Très isolé. Tizivert
ou Thiziberth est citée même dans des contes kabyles anciens.
Les ogres et autres coupeurs de routes y auraient élu domicile jadis...
Thiziverth est de toute façon
un nom lugubre. C'est un mot composé de Tizi qui signifie colline
et verth qui renverrait au froid. Cette réputation s'avère
juste en effet dans plusieurs de ses aspects. Déjà qu'Ath
Zikki, le chef lieu de la commune est situé à une hauteur
appréciable, Thiziverth est d'une autre classe.
Thiziverth, une colline touchée
par des chutes de neige au moindre froid qui se signale en Kabylie, à
l'instar des pics du Djurdjura, apparaît de loin comme un espace
tout près du ciel, de l'ISS (la station internationale), de la lune
etc... On ne peut pas s'y rendre quand on veut. On ne peut pas s'y rendre
chaque jour. Ce n'est pas tout le monde qui peut s'y rendre. Il existerait
peut être des habitants d'Ath Zikki qui ne s'y sont jamais rendu.
La raison est qu'il faut un effort colossal pour s'y rendre. Il faut marcher.
Il faut monter. Il faut que les conditions s'y prêtent, côté
météo. Il faut avoir les conditions physiques de le faire
ou un hélicoptère, sinon rien.
Pour se rendre à Thiziverth
ou à tout autre coin de la montagne d'Ath Zikki, le meilleur axe
est celui qui passe par le collège d'enseignement moyen qui surplombe
la localité d'Ath Zikki. C'est-à-dire, affronter la montagne
frontalement sans passer par les accotements comme Chréa. Une route
goudronnée jusqu'à ce CEM, l'établissement le plus
situé en altitude en Algérie certainement, peut vous faire
gagner avec votre véhicule une centaine de mètres, voire
un peu plus. Ce n'est pas négligeable. Ensuite l'ascension peut
commencer.
Vous pouvez choisir votre
chemin en fonction de votre capacité à identifier le meilleur
axe par lequel vous pouvez monter. Il n'y a pas de chemin particulier tracé.
Ce n'est pas la muraille de Chine. Il y a seulement quelques repères
pour vous guider, comme cette source, Thala Mezra et son bassin où
viennent s'abreuver les bêtes domestiques particulièrement
les bovins ou sauvages. Mais avant d'y parvenir vous remarquerez deux choses:
il y a des vestiges d'un village abandonné, témoin des temps
rudes anciens et une grande blessure dans l'environnement que représente
une carrière d'agrégats fermée par la volonté
de la population, qui a vu juste en le faisant.
Pour parvenir au sommet
de cette montagne qui surplombe Ath Zikki et toute la région de
Bouzeguene, aarch ath yedjar, il vous faut au moins deux heures d'efforts
et de ...sueur, comme l'a vérifié Kabylie News. Le meilleur
moyen d'y parvenir est de faire des détours pour mieux apprécier
d'autres endroits et bien capter du regard d'autres espaces que sont les
Ouanari, Agni Bagriwen, comme les a nommés un éleveur rencontré
sur le chemin du retour.
En ce début de mois
d'octobre 2010, le ciel était clément et l'ascension s'est
déroulée sans accrocs, côté météo.
Le froid n'est pas encore arrivé mais dès qu'il sera là
vers la mi-octobre ou début novembre, toute cette montagne sera
sous un manteau de neige. Impossible de s'y rendre alors ou alors ce serait
problématique. Sur le chemin, il est curieux de constater qu'il
n'y a pas de bêtes sauvages comme les chacals que l'on peut rencontrer
en surnombre dans la région voisine de Bouzeguene. Ils se
cacheraient peut-être dans les multiples grottes des rochers de la
zone mais il se pourrait qu'ils ont déserté les lieux où
il n'y a rien à gratter, rien à manger: les animaux domestiques
sont bien gardées par les bergers et la faune sauvage est dominée
par les corbeaux, sinon les seuls présents ici.
Les corbeaux sont agressifs dans
cette zone. Ils sont nombreux et croassent à tue-tête jusqu'à
vous faire peur. Il est impossible de ne pas avoir en tête le célèbre
film d'Alfred Hitchkok à la vue d'une nuée de corbeaux se
constituer et tournoyer dans le ciel. Peut être qu'ils craignaient
pour leur nids. Peut être qu'ils avaient faim. Peut-être qu'ils
se croyaient attaqués. Car l'endroit était désert.
Pas âme qui vive. C'est un peu hasardeux que de se rendre seul à
cet endroit. Si un étourdissement vous prend, vous êtes certainement
cuit avant l'arrivée des secours. Fort heureusement le téléphone
mobile fonctionne. La technologie avance pour le bien de l'humanité.
Des veaux et des vaches vous encourageront
à poursuivre votre chemin même si vous ll'endroit escarpé,
voire impossible. Car à la vue de ces bêtes qui sont là
à brouter, vous vous direz que vous pouvez avancer encore puisque
ces animaux ont ouvert la voie. Ils l'ont fait. La bouse de vache vous
renseignera sur des chemins impossibles par où ces bêtes sont
arrivées à passer.
A quelques mètres du sommet,
la grande question sera pour vous de savoir s'il n'y a pas une falaise
de l'autre côté du versant de cette montagne. Il n'en fut
rien mais bien au contraire vous apercevrez (voir vidéo) une grand
espace de pâturage et en aval la zone d'Ifri Iwzallaguene. Mais ici
le vent frappe très fort. Si fort qu'il est certainement d'une autre
dimension en hiver. A cet endroit vous pouvez admirer des avions qui passent
au dessus de presque votre tête.
Le chemin du retour n'est
pas moins difficile. Il est même problématique puisqu'il mettra
à rude épreuve les muscles de vos jambes. A force de freiner,
il vous en coûtera des muscles tendus à l'arrivée en
bas. Toute cette situation pose le problème de l'inexistence d'un
chemin bien tracé avec des escaliers que la collectivité
d'Ath Zikki serait bien inspirée de proposer comme projet pour développer
faciliter les choses aux éleveurs et bergers locaux et initier un
tourisme climatique dans cette région. Il y a au moins un endroit
qui se prête au développement de la pratique du ski si un
chemin de ce genre venait à être réalisé. Il
n'est pas nécessaire de construire une route mais de simples escaliers
que des artisans locaux avec des matériaux locaux se feront une
joie de réaliser.
Pour le reste Ath Zikki et sa
montagne apparaissent comme un endroit en jachère en tout. Le tourisme
climatique, le ski et d'autres sports de montagnes sont les crénaux
les plus indiqués pour apporter un plus à cette région
où l'élevage reste un créneau économique porteur
comme l'a révélé, Mohand un éleveur de la région.
Il a raconté à Kabylie News comment petit à petit
il s'est constitué un petit troupeau d'ovins qui le satisfait mieux
que les autres petits boulots qu'il avait exercé auparavant à
Freha et dans d'autres administrations.
Les Ath Zikki sont réputés
également pour un rocher, Azru Ath Zikki ou la main de la fatma,
et son lionceau taillé dans la roche. Il s'agit d'un autre endroit
mal exploité sur le plan touristique au sens de la détente.
Ath Zikki, ce sont également ses grottes et son eau d'Adardar qui
alimente toute la région de Bouzeguene. Kabylie News reviendra sur
ces sujets le moment venu.
Ath Zikki, qui est une commune
composée de plusieurs villages que sont les Iguer Mehdi, Iguer Amrane,
Barqis, Amokrez, Agni Felkane, Taourirt Bouar, Boukhiar et Mansourah, a
une présence timide sur internet. Il s'agit de quelques blogs mal
renseignés et mal pourvus de photos et de précisions.
Belkacemi Mohand Said
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